Cette rencontre hebdomadaire, dans la fameuse salle des accords du ministère situé rue de Grenelle, et ouverte à tous (s'y pressaient journalistes, parlementaires, étudiants, acteurs de la société civile) a pour objectif, autour d'experts, de présenter et de débattre des enjeux de la réforme prochaine.

Il ne s'agit pas de présenter les mesures qui seront annoncées, ni de concurrencer la phase de concertation qui débute à peine.

Comme l'a posé Eric WOERTH dans son propos liminaires, il importe d'en appréhender toute la complexité sans enfreindre l'attachement très fort qu'ont, avec légitimité, les Français, à notre régime de retraite.

Fondé sur le système de répartition, symbole de la solidarité intergénérationnelle, celui-ci compte parmi les marqueurs identitaires de notre pacte républicain.

Hier, étaient donc réunis autour du ministre, François EWALD, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, et Alain-Gérard SLAMA, journaliste.

Je reviendrai plus particulièrement sur la démonstration de François EWALD qui n'a rien moins été que lumineuse parce que structurée et pédagogique.

Dans son exposé nourri d'histoire, de sociologie, celui-ci s'est attaché à retracer les racines de nos retraites, en en redonnant le sens.

C'est en 1673 qu'un édit royal instaura une pension de vieillesse pour les officiers de la marine royale.

La retraite doit être vue, dans son acception originelle, comme une récompense pour des services accomplis avec fidélité.

Celle-ci est octroyée à une personne à laquelle on donne dorénavant un statut d'invalide en la sortant de l'activité mais ce n'est qu'en 1910 qu'est instituée la forme moderne des retraites, celle dont les nôtres sont héritières aujourd'hui.

A l'époque, si l'âge légal avait été fixé à 65 ans, l'espérance de vie n'était alors que de 50 ans, la retraite étant considérée comme un "risque de survie".

La vraie rupture interviendra en 1982 lorsque le gouvernement de Pierre MAUROY décida de fixer l'âge légal de la retraite à 60 ans.

Si cette mesure constitue une vraie avancée sociale, elle porte en elle-même le source même de nos problèmes actuels en raison d'une espérance de vie qui n'a (heureusement) de cesse de s'allonger et qui conduit (heureusement) à l'apparition d'un nouveau long cycle de vie.

C'est donc à un redoutable effet de ciseaux auquel nous sommes depuis confrontés en raison des perspectives démographiques et aucun ajustement n'a permis d'assurer la pérennité de notre modèle.

Ainsi, en 2010, le déficit de notre système de retraite sera de 32 milliards d'euros.

A cela, une raison essentielle : le nombre des retraités augmente plus vite que celui des actifs.

Par ailleurs, si en 1960, le ratio était de 4 cotisants pour 1 retraité ; actuellement, il est de moins de 1,8 cotisant par retraité ; selon les projections du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), il ne sera plus que de 1,2 en 2050.

Il y aura donc quasiment autant de cotisants que de retraités.

Posé ce diagnostic, rappelé l'historique et le sens de notre système, on mesure combien c'est le cœur même de notre Etat providence qui affleure et dont nul ne souhaite son recul en dépit des nombreuses difficultés.

Mais à ses mutations structurelles, on ne peut qu'imaginer que des réponses structurelles et une convergence de l'effort (que j'appelle à titre strictement personnel).

C'est tout l'enjeu de ce débat car c'est l'avenir de notre modèle social qu'il importe de sauver. Avec responsabilité.