Malgré les avertissements, j'avais en effet à cœur de visiter ce quartier en tant que président de l'OPAC de l'Oise...il est devenu un sujet de lecture de notes et d'articles, de réunions avec mes services, de discussions avec le préfet, le procureur de la République de Compiègne (rencontré juste avant), le cabinet du ministre de l'intérieur et d'entretiens avec la presse...mais je voulais "voir" le clos des roses dans sa configuration habituelle tel qu'il m'est décrit...

Je ne conçois tout simplement aucune charge que j'exerce sans une présence sur le terrain...j'ai la conviction qu'il faut y aller, qu'il faut voir pour comprendre, parler...(et même avec mes services maxipontains, je suis comme cela...je dis souvent à Jérôme BAHU "attendez, moi, je suis con, faut qu'on aille voir, je comprends pas...)

Le clos des roses à 16 heures, ça ressemble à quoi ?

De loin, cela ressemble à un quartier calme, propre parce que massivement rénové par l'OPAC de l'Oise...c'est ensuite que tout se complique avec le dispositif criminel mis en place...

D'abord, il y a les guetteurs, cerbères à l'hideuse mission d'alerter dès que des "intrus" cherchent à pénétrer les frontières de la drogue...puis les rabatteurs qui vous interpellent d'un "tu fais quoi là"...ensuite les dealers qui vous proposent leur panoplie de substances de merde et enfin un essaim d'individus chargés de harceler, de chasser à grands jets de pierres (dans le meilleur des cas) pour vous mettre en fuite...

J'ai vu des cages d'escaliers neuves dévastées (rien n'y a résisté : les interphones, les portes sécurisées, les coffrets dans les étages), nous nous y sommes retrouvés nez-à-nez avec des individus encagoulés, prêts à commettre les pires exactions pour "protéger" leur territoire, nous assaillant de cailloux comme des boules de pétanques depuis les coins de rue, les étages, les toits...pensez donc, nous estimons que le trafic de drogue rapporte entre 200 000 et 300 000€ par mois...j'ai vu une bande (composée de 3 à 5 individus) prenant d'assaut la voiture dans laquelle nous nous étions réfugiés et la bombardant de pierres jusqu'à épuisement de leurs munitions (moi, je pensais même qu'ils allaient balancer un cocktail Molotov sous le véhicule)...j'ai vu un super marché de la drogue à ciel ouvert avec une rue dans laquelle les voitures s'engagent comme au drive...s'arrêtant à hauteur du dealer, baissant le carreau, échangeant de l'argent contre de la drogue...

La République française n'existe plus au clos des roses...la réalité, c'est celle-là...et je me demande bien ce qu'il faut pour que les pouvoirs politiques réinvestissent massivement et durablement ce quartier pour en éradiquer cette racaille...faut-il un mort, deux morts ? Est-ce qu'au-delà de l'éclairage médiatique, des déclarations d'intention et des mesures ponctuelles, cela changerait vraiment quelque chose ?

Le clos des roses où les locataires vivent la double peine d'un tissu social fragilisé et de la terreur délinquante, est un territoire perdu de la République française et peut-être même déjà un territoire perdu par la République française...

Je rends hommage à ses habitants et à l'ensemble du personnel de l'OPAC de l'Oise qui subissent ce dramatique quotidien et renouvelle mon soutien aux services de l’État (Préfet, procureur de la République, police nationale).