Monsieur l’abbé, Cher père François GOLDENBERG, Mesdames et messieurs les élu(e)s, Chers frères et sœurs de toutes les confessions, et je salue ici plus particulièrement les fidèles du culte musulman, Mesdames et messieurs, Cher(e)s ami(e)s,

Je vous remercie mon père pour cet échange que vous permettez entre la religion musulmane, la religion catholique et la République.

Depuis 18 mois maintenant, la France, notre terre chérie, notre unique terre, est attaquée par un ennemi de l’intérieur…la liste des deuils devient infinie…et tout ce qui fait la France, héritière des Lumières du 18ème siècle, vit maintenant sous la menace, vit dorénavant dans l’angoisse de l’agression et vit désormais dans l’interrogation.

Cette fois, c’est l’un des plus forts symboles de notre histoire, de notre pays qui est atteint…La France, fille aînée de l’Église, pleure la mort du père Jacques HAMEL, en son office par deux terroristes, mardi 26 juillet à Saint-Étienne du Rouvray.

Lui qui avait la réputation d’être un ardent défenseur du dialogue inter-religieux a été tué par deux individus pour lesquels le dialogue inter-religieux était insoutenable…car contraire à leur idéologie obscurantiste…

En cette église sainte-Maxence, nous pensons aux familles des victimes, à leurs proches, à la communauté paroissiale de Saint-Étienne du Rouvray et à tous ceux qui les aimaient et qui, soudain, ont été amputés d'une partie de leur vie.

Unanimement, et notre présence à toutes et à tous en témoigne, nous condamnons sans réserve le terrorisme contre lequel il faut lutter avec une détermination absolue et jamais, il n’a semblé aussi nécessaire de lutter contre les extrémistes, aujourd’hui même sur notre sol.

La lutte contre les extrémistes se fait par des moyens de droit…et c’est aux responsables politiques qu’il revient de prendre toutes les mesures pour assurer notre sécurité, notre sûreté…

C’est bien une guerre que nous menons…aussi latente qu’elle est violente, aussi insaisissable qu’elle est sanglante…et cette guerre nouvelle exige une réponse impitoyable et définitive.

Oui, oui, la France a trop longtemps reculé sur ses valeurs.

La France a trop longtemps cherché l’accommodement plutôt que la décision, elle a trop longtemps fait preuve d’impuissance quand on attendait d’elle qu’elle s’affirme, qu’elle impose.

Il existe en France des valeurs avec lesquelles nul ne doit transiger, même un peu car sinon le glissement vers l’effondrement est immanquable…il existe en France des règles que nul ne doit enfreindre car sinon, le désordre devient la norme et celles et ceux qui trahissent le pacte social, qui méprisent la République française, qui attaquent ses principes finiront par l’emporter, et nous devons tous refuser et combattre ces ennemis qui n’ont pas leur place sur le sol de France.

Nous attendons des responsables politiques qu’ils ne faillent plus face à ceux qui nous menacent, face à ceux qui nous agressent et il ne peut y avoir de tolérance pour les intolérants, il ne peut y avoir de libertés pour les ennemis de la liberté, il ne peut y avoir de fraternité pour les ennemis de la fraternité, et nous attendons tous que les hommes politiques prennent enfin leurs responsabilités car c’est bien vers le gouffre que nous penchons et ils seront comptables de cela.

Mais, je ne crois pas que le moment soit à la polémique…je ne crois pas que du traumatisme et du recueillement doive surgir l’invective.

C’est ajouter l’indécence à l’effroi.

Face à la peur, face à la tension, nous devons être dignes…dignes pour la mémoire de ceux qui sont morts…

Ces barbares ne recherchent pas que le sang…ils recherchent la désunion, ils recherchent la méfiance, ils recherchent la haine et finalement ils recherchent la fracture de la France…

Rien, rien ne serait plus terrible que de céder à ces assassins qui sont mus par l’obscurantisme et qui voudraient que nous vacillions à la fois sur nos principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité et dans nos cœurs.

La lutte contre les extrémistes se fait aussi par le dialogue, par la tolérance, par la diversité comme nous le faisons encore ce matin, tous réunis, grâce à vous mon père.

Voilà en effet plus de deux cents ans que la République se construit et se renouvelle en se fondant sur la liberté, garantie par la primauté de la loi sur les intérêts particuliers, sur l'égalité des femmes et des hommes, sur l'égalité des chances, des droits, des devoirs, sur la fraternité entre nous tous, quelles que soient nos conditions ou nos origines, sur le respect de la confession dans la sphère privée.

Dans notre République, chacun doit être respecté dans ses croyances qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas.

On n’est pas un mauvais Français parce que l’on ne croit pas en Jésus-Christ.

On n’est pas un mauvais citoyen parce que l’on ne croit pas en Jésus-Christ.

Ou plus concrètement, et je sais que certains ont beaucoup de mal avec cela, parce que je sais que certains, les mêmes, sont prêts à sacrifier volontiers les valeurs de la France sur l’autel de leurs médiocres intérêts politiques :

On n’est pas un mauvais Français parce que l’on croit en Mahomet.

On n’est pas un mauvais citoyen parce que l’on croit en Mahomet.

Et c’est pour cela, que partout dans le monde, la France est reconnue comme la patrie des droits de l'homme.

Et c’est pour cela qu’il faut qu’il y ait un islam de France…un islam qui respecte les lois de la République…un islam qui se vit à visage découvert…un islam qui porte la vrai parole de son prophète…un islam qui ne soit pas sous l’influence de puissances étrangères, un islam qui prêche en français car le français est la langue de la République et c’est bien en français que ce dialogue entre nous est permis.

Et c’est pour cela, que les terroristes de Daesh s’en prennent à la France.

Ils ne combattent pas au nom de Dieu…ils ne connaissent rien à l’islam…ils mènent même souvent une vie contraire à l’islam…ce sont des assassins qui tuent au nom d’idées héritées de temps moyenâgeux, des assassins…voilà tout ce qu’ils sont.

Mesdames et messieurs,

Alors que notre pays est une terre ouverte, accueillante et généreuse, ces barbares voudraient en faire une terre de repli, de défiance et de haine.

Ils voudraient que nous nous abandonnions à la vengeance.

Ils voudraient que nous fermions nos cœurs.

Je vous le dis du plus profond de moi-même : ne nous trompons pas d’ennemis.

L’islamisme, ce n’est pas l’islam…l’islamisme est aussi l’ennemi de l’islam…l’islam est aussi victime de l’islamisme…et d’ailleurs l’islam condamne ces crimes comme l’a fait Anouar KBIBECH, président du conseil français du culte musulman car un musulman vit comme un Français parce qu’il est un Français comme les autres, parce qu’il respecte les lois de la République française…et à Nice, cette effroyable tragédie a frappé près de 30 musulmans…l’islamiste, lui est moins qu’humain.

« Dieu est amour »…nous connaissons tous cette affirmation…si nous sommes réunis ce matin, et nul ne nous obligeait à l’être c’est bien parce que notre foi est plus forte que leur obscurantisme, c’est bien parce que notre amour est plus grand que leur haine, c’est bien parce que ce qui nous unit est plus intense que ce qui nous divise et les mots qu’ont portés ce matin le père François GOLDENBERG et Said et Merzak sont ceux dont nous avons plus que besoin car fondés sur la solidarité et le dialogue.

Aussi, ne cédons ni à la peur, ni la haine car alors ces enragés auront gagné.

Mesdames et messieurs,

Sous quelque forme que soit le péril, nous devons trouver en nous les voies de la résistance et de la victoire, les voies du respect et de la tolérance, et finalement les voies de la vie.

Si nous sommes là ce matin, comme partout ailleurs dans les 40 000 églises que compte notre pays, c’est parce que c’est la France qui nous réunit et cela a débuté dès ce vendredi à la prière du culte musulman.

Nous savons que la France est grande dans la menace et qu’elle ne cède jamais face à l’asservissement, nous savons que nous trouverons les voies du renouveau face à ceux qui prônent la « haine de la maison mère ».

Ce défi nous le relèverons tous ensemble.

Nous y parviendrons en faisant le choix de la sagesse et du rassemblement des Français de toutes origines et de toutes convictions et de la lutte contre le fanatisme.

Nous y parviendrons, comme aux moments importants de notre histoire, en cherchant dans la fidélité à nos valeurs et à nos principes la force d'un nouveau sursaut, et ce dialogue que vous permettez ce matin, mon père, et je vous en remercie de nouveau solennellement, est attendu de tous…et fait du bien à tous.

Vive la religion catholique ! Vive la religion musulmane !

Vive toutes les religions d’amour et de partage !

Vive Pont-Sainte-Maxence, vive la République et vive la France !

Je vous remercie.