Ca fait partie des "pieds de nez" des uns et des autres dans le cadre de la campagne des élections primaires...j'y étais à cette visite...cela évoque donc des souvenirs...

J'étais alors en charge de la communication du préfet du Val d'Oise, Christian LEYRIT.

Nicolas SARKOZY était alors ministre d'Etat (il ne fallait pas l'oublier ce titre dans les correspondances), ministre de l'Intérieur et de l'aménagement du territoire.

Son cabinet avait saisi le préfet du Val d'Oise d'une demande de déplacement pour illustrer la politique déterminée mise en oeuvre par le ministre, dans une zone où la délinquance était forte...ce fut Argenteuil et sa dalle, en octobre 2005...

Nous, on avait mouliné à fond pour préparer le déplacement en lien avec le "cabmin" (diminutif du cabinet du ministre)...et le cabmin de Sarko était réputé pour mettre une pression énorme sur les administrations...et qu'on t'avait fait le cheminement (on passe par là ou par là ?), et qu'on a prévu de passer ici pour saluer les forces de l'ordre...mais pas trop quand même pour ne pas faire de la provocation...et qu'on t'avait fait des grands kakémonos (en long ou en hauteur ?) pour indiquer l'évolution des chiffres de la délinquance, et que le préfet tremblait de partout, et que le directeur de cabinet supportait les humeurs du préfet qui tremblait de partout, et qu'on se demandait si tout serait parfaitement sécurisé, et qu'on se demandait si tout devait vraiment être parfaitement sécurisé parce que, si ça ressemble au générique de la "Petite maison dans la prairie", bah, c'est plus la réalité du quotidien alors, et qu'il y avait toutes les médias nationaux qui demandaient une accréditation parce qu'ils sentaient bien que le grand barnum ça pouvait devenir électrique voire explosif...etc...et le préfet qui tremblait de partout...

Avant, c'était calme...comme dit la publicité "c'était avant"...dans mon souvenir, quelques rares jeunes sur la plateforme, bref "RAS". C'était évidemment trop beau pour durer.

C'est quand la voiture du ministre est arrivée avec gyrophare et deux tons que la température est montée, d'un, deux, trois, dix degrés d'un coup...

En effet, grâce aux téléphones portables (quoiqu'au début déjà assez répandus), les jeunes se sont amassés sur le haut de la plateforme, très vite pas loin de 200 et le préfet a tout de suite senti que cela allait être difficilement maitrisable...Nous sommes donc redescendus dare-dare au bas de la plateforme pour accueillir le ministre et lui dire "Ça va être compliqué, il vaut peut-être mieux ne pas y aller"...

Sarko a alors regardé vers le haut en direction des jeunes qui hurlaient contre lui, et il a dit "Allez, on monte"...

Les insultes ont alors fusé (celles que l'on entend très distinctement dans les reportages) et les jeunes ont commencé à nous charger, à nous jeter des pots de moutarde et de mayonnaise ouverts...Du coup, plutôt que de nous rendre sur la plateforme pour saluer les forces de l'ordre qui cherchaient à nous protéger, nous avons regagné le commissariat présent en longeant les allées entre les immeubles au pied desquels les boutiques avaient baissé le rideau métallique et contre lesquels les jeunes tapaient avec des barres de fer pour semer plus de troubles encore...y avait un bruit assourdissant...

Une fois à l'intérieur, le préfet a présenté l'état et l'évolution de la délinquance dans le Val d'Oise pendant près d'une heure ou un peu plus...le ministre a ensuite pris le temps de répondre à la presse et de discuter avec les policiers nationaux en poste.

Passée la raison de sa venue, la proposition lui fut faite de ressortir par l'arrière plutôt que par l'entrée principale car nous craignions de nouveaux débordements.

C'est donc en sortant que Nicolas SARKOZY fut interpellé par une résidente des bâtiments sur les conditions de vie devenues insupportables tant le quartier était gangréné par la délinquance et qu'il répondit "vous voulez qu'on vous en débarrasse de cette racaille ? Et bien on va vous en débarrasser !"...Phrase brute plus que brutale qui retranscrit parfaitement ce que sont ces individus qui vivent en bravant les lois de la République française "de la racaille"...et ils ne sont rien d'autres que cela.

Ce que l'histoire (disons la presse qui a fait l'histoire) n'a pas retenu, c'est que Nicolas SARKOZY a aussi été interpellé par des jeunes sur leurs conditions de vie et que le dialogue s'est longuement instauré entre eux et lui, hors la présence d'officiers de sécurité...Nicolas SARKOZY s'est en effet entretenu pendant plus d'une heure, dans la rue, avant de remonter dans son véhicule, avec ces jeunes et qu'il a demandé au préfet de les accompagner dans toutes leurs démarches pour trouver leurs places dans la société, pour faciliter leurs projets professionnels...des jeunes qui venaient de la dalle d'Argenteuil, des jeunes qui prétendaient vouloir s'en sortir et des jeunes dont le ministre a suivi personnellement l'évolution...

Presque chaque semaine, nous fournissions alors au cabmin une note sur l'accompagnement individualisé en l'adressant à une conseillère technique qui allait plus tard se révéler, et cette conseillère technique c'était Rachida DATI.

Le lendemain, enfin quelques heures plus tard, car Nicolas SARKOZY est parti vers 2 heures du matin, celui-ci devait appeler le préfet pour lui faire part de sa satisfaction quant à ce déplacement...la suite, on la connaît...

Pour le préfet, le directeur de cabinet et moi-même, cela reste évidemment un moment fort et partagé de notre carrière...la tension était extrême...en raison de la personnalité de Nicolas SARKOZY bien sur et de la nature du déplacement dans un environnement très conflictuel...et je voulais le raconter car cet événement se résume -trop- à ce seul mot de "racaille"...

Soit dit en passant, il s'agit bien de racailles...Partout en France, et notamment à Pont-Sainte-Maxence, je suis sans pitié à leur encontre...je n'ai pas une once d'humanité les concernant...Moi, je veux leur perte, je pense que tout le monde me comprend, non ? Je veux juste leur perte, leur perte définitive, leur perte absolue...jusqu'à la nuit des temps...et qu'elles me maudissent et me menacent ne me retient en rien...bien au contraire...

Je voulais aussi le raconter car il y a cette phase très intéressante, complètement occultée, où Nicolas SARKOZY, hors présence des journalistes, s'entretient posément avec ces jeunes et s'engage à les aider...et il a vraiment mis tout en branle ensuite pour leur donner une situation...l'histoire méritait, à mon niveau, d'être précisée et complétée.